Louis Lumière

Louis Lumière

  • dimanche 9 décembre 2018
  • /
  • Dans le DP en

Louis Lumière, ou l’esprit de famille

Louis Lumière est né le 5 octobre 1864 et mort le 6 juin 1948. On lui doit l’invention du cinématographe, et la réalisation de plusieurs courts métrages.
Quelle chance pour le domaine public, pensez-vous.
Mais non : les deux frères Lumières ont passé un contrat les associant systématiquement dans tous leurs travaux et découvertes, aussi bien sur le plan financier que sur le plan moral.
Une décision qui a certainement aidé aux bonnes relations de la fratrie, mais qui repousse l’entrée de leurs œuvres à janvier 2025, Auguste Lumière étant décédé en 1954. En effet, en cas de co-création, l’arrêt des droits patrimoniaux (70 ans après la mort de l’auteur) se calcule à partir de l’année de décès du dernier vivant.

Fils de photographe, passionné de chimie, Louis Lumière s’est surtout intéressé au cinéma pour relever le défi technique et scientifique que cela représentait (même si les frères Lumière ont également bien su gérer l’exploitation commerciale de leur invention). Une fois mis au point le cinématographe, qui permettait une projection collective (le kinétoscope d’Edison était destiné à un usage individuel), et tourné soixante-dix courts métrages, il ne s’est pas retrouvé dans les démarches artistiques des premiers réalisateurs. Pourtant, son expérience de photographe lui a permis d’adopter des prises de vues et des cadrages qui donnent vie et naturel aux personnages grâce à la captation de leurs mouvements.

La Sortie de l’usine Lumière à Lyon projeté en 1895 est le premier film de l »histoire du cinéma. Louis Lumière n’en tirera aucune fierté :

« Je ne vais jamais au cinéma. Si seulement j’avais su ce qu’il deviendrait, je ne l’aurais jamais inventé. »

Il arrête la réalisation en 1902, et retourne alors à ses recherches antérieures de colorisation de photographies qui le mène à inventer et commercialiser l’autochrome en 1903. Il expérimentera ensuite des techniques de cinéma en relief. Auguste, lui, se replongea dans ses recherches médicales.

En attendant de pouvoir bénéficier des courts métrages de Louis Lumière pour laisser libre cours à vos pulsions créatrices, vous pouvez assister à leurs projections (en version restaurée) à l’Institut Lumière, rue du premier-film à Lyon. Ils sont également visibles en streaming sur le site de l’Institut, mais sans l’ambiance.

Les premiers courts métrages réalisés par Louis Lumière :

  • La Sortie de l’usine Lumière à Lyon
  • La Voltige
  • La Pêche aux poissons rouges
  • Le Débarquement du congrès de photographie à Lyon
  • Les Forgerons
  • Le Jardinier
  • Le Repas de bébé
  • Le Saut à la couverture
  • La Place des Cordeliers à Lyon
  • La Mer
  • L’arrivée d’un train en gare de la Ciotat

Sources :

Publicités

Zelda Fitzgerald

Zelda Fitzgerald

  • samedi 8 décembre 2018
  • /
  • Dans le DP en

Zelda Sayre Fitzgerald

Auteure d’un roman et d’une dizaine de nouvelles, Zelda Fitzgerald est de ces femmes dont la vie est inextricablement liée à celle de son époux, Francis Scott Fitzgerald. Née le 29 juillet 1900 et décédée 48 ans plus tard, en mars 1948. Son histoire nous est connue à travers la célébrité de son mari, son esprit curieux et extrêmement vivace nous permet de deviner une femme dotée d’une forte créativité et d’un désir intense d’exister autrement que comme une femme mariée.

Si l’histoire tumultueuse du couple Fitzgerald est largement connue à travers les ouvrages de F.S. Fitzgerald, qui s’inspirait fortement de sa vie privée pour donner à ses personnages un aspect réaliste, ce sera également le cas de Zelda. Son unique roman, Save me the waltz, publié en 1932, est grandement autobiographique et nous conte par analogie la relation des époux Fitzgerald ; sa vie personnelle est moins populaire, occultée par le succès de l’auteur de Tendre est la nuit. Néanmoins de récentes reconstitutions de sa vie, notamment la série Z : The beginning of everything où l’actrice Christina Ricci endosse le rôle de Zelda Fitzgerald, nous permettent d’en savoir un peu plus sur cet esprit moderne et mondain, de même que de récentes biographies.

Après une rencontre éclatante, alors que Francis Scott est engagé dans l’armée et stationné en 1918 près de Montgomery, ils se marièrent en 1920, s’installent à New York et à cette occasion profitent tout ce que la société mondaine de l’époque avait à leur offrir (y compris les gueuletons à n’en plus finir), puis s’expatrient en 1924 vers Paris. Les conflits entre Zelda et Francis deviennent de plus en plus fréquents, Fitzgerald empêchant sa femme d’exprimer sa personnalité et sa créativité, vraisemblablement par jalousie et peur de la perte du contrôle qu’il exerçait sur elle, plus encore après la liaison de Zelda avec un jeune aviateur français, Édouard Jozan, peu de temps après leur installation dans le sud de la France. Cette liaison sera une étape inaltérable de la fin de leur couple et se retrouve dans le roman de Zelda : « Il était bronzé et sentait bon le sable et le soleil ; elle s’aperçut qu’il était nu sous la toile empesée. Elle ne pensait pas à David (alias Scott). Elle espérait qu’il n’avait rien vu ; mais elle s’en moquait après tout. Elle avait l’impression qu’elle aurait aimé embrasser Jacques (alias Édouard) au sommet de l’Arc de triomphe. Embrasser cet étranger vêtu de blanc, c’eût été sacrifier à un rite religieux oublié, ou presque (1). »

Hélas, la Grande Dépression se profilant, les écrits flamboyants de Fitzgerald ne sont plus en phase avec l’état des choses, leur vie festive et délurée se transforme petit à petit en une succession de beuveries et de disputes, le couple poursuit une descente aux enfers qui culmine avec l’enfermement de Zelda pour schizophrénie dans diverses institutions psychiatriques en Suisse et aux États-Unis à partir de 1930 jusqu’à la fin de ses jours.

Elle fut également peintre, ayant réalisé du temps de son enfermement des tableaux colorés, vivants et fortement marqués par les paysages qu’elle a rencontrés au cours de sa vie, notamment Paris et Nice. Elle aurait également souhaité devenir danseuse professionnelle, prenant pour cela de nombreuses leçons, notamment avec la ballerine russe Lyubov Egorova. Elle mourut en 1948 (soit 4 ans après son mari) dans l’incendie du sanatorium d’Ashville, en ayant produit la majeure partie de son œuvre dans les 18 dernières années de sa vie : une dizaine de nouvelles, un roman et de multiples toiles.

(1) FITZGERALD (Zelda), Accordez-moi cette valse, collection Pavillons poche, Robert Laffont, 2008, p. 178.

Sources :

  • Accordez-moi cette valse, collection Pavillons poche, Robert Laffont, 2008

Antonin Artaud

Antonin Artaud

  • vendredi 7 décembre 2018
  • /
  • Dans le DP en

Antonin ARTAUD naquit le 4 septembre 1896 à Marseille au sein d’une famille bourgeoise. Il fut très vite atteint de douleurs nécessitant par la suite des traitements et l’utilisation de psychotropes, de soins psychiatriques et les arts. Précoce, il met en scène dès son plus jeune âge des tableaux vivants influencés par Edgar Poe, c’est-à-dire à « résonance macabre ». A 14 ans, il fonde une petite revue publiant des poèmes avant d’être atteint de dépression le conduisant à abandonner le système scolaire classique en (dé ?)faveur de traitements dans un sanatorium. Il y publie régulièrement des poèmes dans la revue de Hollande avant d’être mobilisé pour la Grande Guerre. Toutefois, le Conseil de révision révise sa propre appréciation en le démobilisant pour des raisons de santé.

En 1920, il devient co-secrétaire de la revue Demain tenu par Edouard Toulouse (directeur de l’asile de Villejuif). Le bon directeur hospitalier l’invite à prendre sa plume pour des poèmes et des articles. Après sa rencontre avec Lugné-Poë, Artaud s’installe dans une pension à Passy où Antonin découvre le mouvements Dada, les œuvres d’André Breton, de Louis d’Aragon et de Philippe Soupault.

Après son intégration dans la compagnie de Charles Dullin, Artaud rencontrera Génica Athanassiou avec qui il échangera de nombreuses lettres narrant son quotidien (formant par la suite le recueil Lettres à Génica Athanassiou). En 1922, l’aventure théâtrale d’Artaud commence par l’interprétation de rôles classiques avant de s’occuper également de dessiner costumes et décors. Concomitamment, il produit un recueil de 8 poèmes. Sous le pseudonyme d’Eno Dailor, il publie le premier numéro de la revue Bilboquet, une feuille composée d’une introduction et de deux poèmes. Il quitte la compagnie et retourne chez les Toulouse qui le mette en relation avec un autre metteur en scène – fan de Poe. De ce dernier, il élaborera Le Théâtre de la Cruauté. Il devient souffleur au Théâtre de la Comédie des Champs Elysées et se lie avec Jacques Rivière, directeur de la NRF (dont la correspondance sera publiée en 1924). Cette correspondance serait de meilleure facture que ses poèmes. Antonin a donc trouvé une forme de création qu’il entretiendra par la suite.

Antonin Artaud entre en littérature. Commence alors sa période surréaliste au moment où – grande surprise – les substances chimiques font de plus en plus l’intrusion dans sa vie lui permettant de « libérer, surélever l’esprit ». Toutefois, et L’art et la mort le souligne, Artaud aime la réalité et sa dureté. Il rejoint le mouvement des surréalistes mais aussi Antonin commence à s’intéresser au cinéma. Ce mouvement l’influencera moins que le fantasme anarchique du mouvement Dada. Il participe – trop dynamiquement – au mouvement jusqu’à son exclusion. La séparation entre le mouvement surréaliste et le communisme signe son départ violent.

En 1927, il fonde par la suite le Théâtre Alfred Jarry dont les objectifs sont de « contribuer à la ruine du théâtre tel qu’il existe actuellement en France » et de « privilégier l’humour, la poésie de fait, le merveilleux humain ».

Artaud écrit successivement deux manifestes du Théâtre de la Cruauté , avant d’effectuer sa première réalisation les Cenci jouée aux Folies de Wagram. Désastre financier, la pièce est vite retirée de l’affiche. Il arrête le théâtre, même s’il continue à publier des pièces (Le théâtre et son double, 1938). 
Louis Nalpas, son cousin mais surtout directeur artistique de la Société des Cinéromans lui obtient un rôle dans Surcouf le roi des Corsaires (Luitz Morat) et rencontre Abel Grance qui lui promet le rôle de Marat dans son Napoléon. Artaud se tente à l’art du scénario sans grand succès puisque seul La coquille et le Clergyman sera adapté. Il abandonne le cinéma tout en restant acteur pour subvenir à ses besoins. L’apparition des films parlants consomme l’abandon du septième art.

Antonin Artaud dérive donc dès 1936 au Mexique. Il découvre les joies du peyolt qui lui font de grand effet littéraires. Il y produit donc les Textes Mexicains et y donne des conférences (Surréalisme et révolution, 26 février 1936, L’Homme contre le destin 27 février 1936, Le Théâtre et les Dieux 29 février 1936).

Il revient en France et à sa fiancée Cécile Schramme appartenant à la bourgeoisie belge. En 1935, Antonin Artaud, soutenu par celle-ci, entre en cure de désintoxication et se rend à Bruxelles. Il y raconte son aventure mexicaine et y fait scandale au point que la famille de Cécile décide de mettre un terme à leur projet de mariage.

Artaud part donc en Ireland sans un sou et commet des filouteries hôtelières pour rechercher le secret des druides. Antonin se fait arrêter pour vagabondage et trouble à l’ordre public avant d’être renvoyé gentiment via paquebot au Havre puis dans une camisole de force. Jugé violent, dangereux pour lui-même et pour les autres du fait d’hallucinations et d’idées de persécution, il est transféré sous placement d’office à l’hôpital psychiatrique. Et là commence vraiment le bad trip d’Artaud ainsi que pour sa famille – qui ignore ostensiblement où il se trouve. Un an plus tard, sa mère arrive à le faire admettre à Sainte Anne où il restera onze mois.

Il en ressort maigre de dix kilos de moins avant d’être – bonheur – transféré dans un autre hôpital (Ville-Evrard) où il – joie – subira la « nouvelle » technique de l’électrochoc – déjà éprouvée dans son enfance pour soigner ses migraines. En 1943, Antonin Artaud est transféré dans un hôpital en zone « libre » pratiquant l’art thérapie et l’art des séries d’électrochoc. La seconde série lui provoque une fracture d’une vertèbre dorsale l’alitant pendant deux mois. Mais non, les crises se calment. Les médecins poursuivent le traitement avec 12 séances d’électrochoc et Antonin poursuit son voyage littéraire avec l’adaptation de deux textes adaptés de Lewis Carroll : Variations à propos d’un thème et Le Chevalier de Mate-Tapis.

Il voit aussi son ouvrage Un voyage au Pays des Tarahumaras être réédité et augmenté. Antonin continue d’écrire Supplément au Voyages chez les Tarahumaras. L’artiste exécute aussi de petits dessins, écrit, adapte. En 45, Artaud travaille sur une centaine petits cahiers d’écoliers dans lesquels il écrit et dessine : les Cahiers de Rodez suivis des 300 cahiers dits du retour à Paris.

Il continue d’écrire sur la question d’un autre théâtre à inventer. Des écrits d’Artaud sortent de l’hôpital malgré les protestations docteur Ferdière « protecteurs » des droits d’auteurs d’Artaud. Ce sont les Lettres de Rodez qui paraîtront en avril 1946
Cette même année, le numéro 4 de la revue Les Quatre Vents publie les Lettres de Rodez reprises par les éditions Guy Lévis Mano (G.L.M). Un gala de bienfaisance est organisé à son profit au Théâtre de Sarah Bernhard par ses amis du « Comité de soutien des amis d’Antonin Artaud » composé de Jean Paulhan, de Jean Dubuffet et entre autres Arthur Adamov, Balthus, Jean-Louis Barrault, André Gide, Pierre Loeb, Pablo Picasso et Henri Thomas.

Toujours en1946, Dubuffet, Marthe Robert, Henri Thomas l’installent dans une chambre individuelle à la maison de santé à Ivry puis dans un petit pavillon dans le parc. Le 8 juin, il enregistre à la radio Les malades et les médecins. En automne, Artaud séjourne à Sainte-Maxime et écrit L’Adresse au Dalaï Lama et L’Adresse au PapeLe Retour d’Artaud le Momo.

Il meurt le 4 mars 1948, probablement victime d’une surdose accidentelle d’hydrate de chloral, produit dont il connaissait mal l’usage. Retrouvé recroquevillé au pied de son lit, toutes ses affaires, ses notes, ses livres, ses cahiers, ses dessins accrochés aux murs, ses manuscrits, seront volés quelques heures plus tard.. Antonin Artaud sera enterré à Marseille avant d’être transféré au cimetière parisien d’Evry en 1975.

  • Tric Trac du Ciel, illustré de gravures sur bois par Élie Lascaux, Simon, Paris, 1923
  • L’Ombilic des limbes, Gallimard, NRF, Paris, 1925
  • Le Pèse-nerfs, Leibovitz, Paris, 1925
  • Correspondance avec Jacques Rivière, N.R.F., Paris, 1927
  • La Coquille et le Clergyman [archive], scénario
  • L’Art et la Mort, Denoël, Paris, 1929
  • Le Moine, raconté par Antonin Artaud. Traduction et adaptation, Denoël & Steele, Paris, 1931
  • Le Théâtre de la cruauté (manifeste), N.R.F., Paris, 1932
  • Héliogabale ou l’Anarchiste couronné, Denoël & Steele, Paris, 1934 ; rééd. Gallimard, coll. « L’Imaginaire », 1978. « Héliogabale est l’Anarchiste, avant d’être l’Alchimiste couronné. Ce livre envoûtant, le plus construit et le plus documenté des écrits d’Antonin Artaud, est aussi le plus imaginaire. Qui n’a pas lu Héliogabale n’a pas touché le fond même de notre littérature sauvage J. M. G. Le Clézio 170 »
  • Les Nouvelles Révélations de l’être, Denoël, Paris, 1937
  • Le Théâtre et son double, Gallimard, Paris, 1938 ; rééd. Gallimard, coll. « Idées », Paris, 1964 ; rééd. Gallimard, coll. « Folio/essais » (no 14), Paris, 1985
  • Révolte Contre La Poésie, Éditions du Pirate, Paris, MXXVIM Rodez, 1943
  • Lettres de Rodez : Lettres à Henri Parisot, G.L.M., Paris, 1946 cinq lettres publiées en 1946, d’autres Lettres de Rodez paraîtront après la mort d’Artaud114. Elles sont réunies dans les tomes XI et XII des Œuvres complètes aux Éditions Gallimard, coll. Blanche, édition de Paule Thévenin, 1956-1994
  • Van Gogh, le suicidé de la société, K éditeur, Paris, 1947 ; rééd. Gallimard, coll. « L’Imaginaire », Paris, 1990
  • Ci-gît, précédé de la Culture indienne, K éditeur, Paris, 1947
  • Pour en finir avec le jugement de dieu, K éditeur, Paris, 1948 ; rééd. suivi de Le Théâtre de la cruauté, éd. E. Grossman, Gallimard, coll. « Poésie », Paris, 2003
  • Supplément aux Lettres de Rodez, suivi de Coleridge le traître, G.L.M., Paris, 1949
  • Les Cenci, in Œuvres complètes, Gallimard, Paris, 1964
  • L’Ombilic des limbes suivi de Le Pèse-Nerfs et textes surréalistes, Gallimard, coll. « Poésie », Paris, 1968
  • Lettres à Génica Athanassiou, Gallimard, coll. « Le point du jour », Paris, 1969
  • Les Tarahumaras, publié pour la première fois sous le titre Voyage au pays des Tarahumaras le 15 septembre 1945 dans la collection l’« Âge d’or » dirigée par Henri Parisot aux éditions Fontaine ; réédité en 1955 par les éditions de l’Arbalète (Décines), réédition 1963 par Marc Barbezat, l’Arbalète l’ouvrage contient des lettres au docteur Allendy, à Balthus, Jean-Louis Barrault, René Thomas, Jean Paulhan, un chapitre Surréalisme et révolution, L’homme contre le destinLe Théâtre et les Dieux. Rééditon Gallimard, coll. « Idées », Paris, 1974, Gallimard, œuvres complètes tome 9 , coll. Blanche 1979, rééd. Gallimard, coll. « Folio/Essais », Paris, 1987
  • Lettres à Annie Besnard, Le Nouveau Commerce, Paris, 1977
  • Messages révolutionnaires (textes mexicains), Gallimard, coll. « Idées », Paris, 1979
  • Dessins et portraits, texte de Jacques Derrida et Paule Thévenin, Gallimard, Paris, 1986
  • L’Arve et l’Aume, accompagné de 24 lettres inédites à Marc Barbezat, L’Arbalète, Paris, 1989
  • Nouveaux Écrits de Rodez, Lettres au docteur Ferdière et autres textes inédits, Préface de G. Ferdière, Gallimard, coll. « L’Imaginaire », Paris, 1994 ; rééd. en tirage limité à l’occasion des trente ans de la collection l’Imaginaire, accompagnés d’un CD rassemblant des documents rares (témoignages d’André Breton et du Dr. Gaston Ferdière), Gallimard, coll. « L’Imaginaire », Paris, 2007
  • 50 Dessins pour assassiner la magie, édition et présentation d’Évelyne Grossman, Gallimard, Paris, 2004
  • Suppôts et supplications, présentation d’Évelyne Grossman, Gallimard, coll. « Poésie », Paris, 2006
  • Cahier d’Ivry, janvier 1948, fac-similé, édition et présentation d’Évelyne Grossman, Gallimard, Paris, 2006
  • Histoire vécue d’Artaud-Mômo (texte des trois cahiers apportés par Antonin Artaud au Théâtre du Vieux Colombier le 13 janvier 1947), Fata Morgana, Saint-Clément-de-Rivière, 2009

Susan Sutherland Isaacs

Susan Sutherland Isaacs

  • jeudi 6 décembre 2018
  • /
  • Dans le DP en

Susan Sutherland Isaacs (1885-1948)

De l’importance de la curiosité des enfants

L’école n’a pas eu une bonne influence sur la jeune Susan. À 15 ans, elle y adopte des idées socialistes et athées, ce qui occasionne une rupture avec son père prédicateur méthodiste. Apprentie photographe, garde d’enfants, Susan obtient finalement une bourse pour une formation de formatrice d’infirmières à Manchester. Elle y reprendra ses études, d’abord une licence de philosophie puis un master de psychologie à Cambridge en 1913.
Elle enseigne la pédagogie à Londres, puis dirigera une école, où elle effectuera des recherches sur le développement des enfants dans leur milieu naturel, ce qui lui permettra de soutenir sa thèse en 1931.
Comme quoi, l’éducation, ça a du bon.

En observant ses élèves entre eux, Susan tourne le dos aux thèses de Jean Piaget, et postule que le meilleur moyen d’apprendre pour les enfants passe par le jeu, qu’elle définit comme leur travail. Le rôle des adultes et des éducateurs est de favoriser et de guider ces jeux ,aidant ainsi les enfants à développer leur indépendance en leur donnant la liberté d’explorer et de satisfaire leur curiosité. Ces jeux « libres » ne sont pas dépourvus de règles, afin que les enfants puissent exercer (et choisir) une variété d’activité.

Après une première analyse, Susan Isaacs devient membre de la société britannique de psychanalyse. Elle y rencontre Mélanie Klein qui l’aidera à appliquer ses idées psychanalytiques dans l’éducation. Pour les deux femmes, les premières années de la vie de l’enfant sont dominées par un super-ego non inhibé. L’absence d’inhibition, favorisée par cette éducation par le jeu, permet un développement émotionnel favorable à la croissance intellectuelle. Elles différencient l’influence inconsciente du phantasme et celle du fantasme, projection imaginaire consciente. La fonction du phantasme serait de répondre au besoin humain de comprendre le monde qui l’entoure.

Susan Isaacs est reconnue comme une des pionnières de l’éducation infantile. Toute sa vie, à travers ses recherches et ses publications, elle a permis d’appréhender les problématiques éducatives au prisme des théories psychanalytiques et de la psychologie du développement. Son livre The Nursery Years a été publié en1929, et sera réédité jusqu’en 1971. 
On peut trouver plusieurs portraits photographiques d’elle à la National Portrait Gallery de Londres. Elle sera décorée de l’ordre britannique (CBE) en 1948, peu de temps avant sa mort.

Entre 1929 et 1936, sous le pseudonyme d’Ursula Wise, Susan a endossé le rôle d’ « agony aunt » et s’est chargé du courrier des lecteurs du journal « Nursery World ». Elle a ainsi aidé des centaines de parents à mieux comprendre leurs enfants.

Susan Issacs, aka Ursula Wise, fait donc bénéficier deux fois le domaine public de son expertise éducative, y déposant ses recherches en éducation et ses réponses aux parents dépassés. Tous les éducateurs devraient donc pouvoir y trouver leur compte.

- Un dernier conseil pour la route, Susan ?

-« The only people who are truly happy are the people we do not know very well. »

A méditer !

Oeuvres entrant dans le domaine public :

  • Isaacs, S. (1921). An introduction to psychology. London : Methuen
  • Isaacs, S. (1929). The nursery years. London : Routledge.
  • Isaacs, S. (1930). Intellectual growth in young children. London : Routledge.
  • Isaacs, S. (1933). Social development in young children. London : AmsPrInc.
  • Isaacs, S. (1948). Troubles of children and parents. London : Methuen.
  • Isaacs, S. (1948). The nature and function of phantasy. The International Journal of Psychoanalysis, 29, 73-97.
  • Isaacs, S. (1949). Childhood and after. Oxford : International Universities.

Sources :

Alfred Lacroix

Alfred Lacroix

  • mercredi 5 décembre 2018
  • /
  • Dans le DP en

Alfred Lacroix : naissance de la vulcanologie scientifique

Les passionnés de minéraux et de volcans connaissent bien le nom de ce géologue, pétrographe et minéralogiste français. Alfred Antoine François Lacroix est né en1863 à Macon, le 4 février. Il est décédé le 12 mars 1948 à l’âge de 85 ans sans jamais cesser ses recherches, laissant un vivier important d’études de terrain et de laboratoire. Il a tant marqué son époque qu’un minéral naturel de fluorophosphate d’aluminium et de sodium porte aujourd’hui le nom de lacroixite en son honneur.

Une histoire de famille

Alfred Lacroix a grandi dans une famille de pharmaciens, carrière qu’il a lui même embrassé sous l’injonction parentale avant d’abandonner dès 1887, après l’obtention de son diplôme , pour se consacrer a sa passion d’enfance partagée avec son grand-père : la minéralogie qui le mène à occuper pendant 44 ans la chaire de minéralogie du Muséum de Paris à partir de 1893. Il a alors 30 ans.

Affaire de famille aussi car c’est auprès de sa femme, Catherine Fouqué qu’il bâtit sa carrière. Cette dernière, fille d’un de ses maîtres – Ferdinand Fouqué, géologue, vulcanologue et pétrographe -, le suivra toute sa vie dans la plupart de ses expéditions et recherches.

Que lui doit-on ?

D’abord une cartographie assez précise de la minéralogie de France alors qu’il est chargé de service de la carte géologique des Pyrénées. Il recense toutes les roches magmatiques du mont pyrénéen dont la célèbre lherzolite de l’étang de Lherz en Ariège. Alfred Lacroix voit plus grand que les tâches qui lui sont attribuées. Et c’est ainsi que dix volumes intitulés ’la Minéralogie de la France et de Ses Anciennes Colonies’ seront publiés entre 1893 et 1913, autant de richesses qui rejoignent aujourd’hui le domaine public. On trouve dans ces ouvrages, des descriptions de minéraux (il en a découvert 15 nouveaux), de roches et même de météorites. Dès les premières années du XXème siècle, il se spécialise dans la minéralogie du volcanisme. C’est lui qui est envoyé en 1902 en Martinique lors de la spectaculaire éruption de la Montagne Pelée. L’Académie des sciences et le ministère des colonies le missionnent pour comprendre cette éruption meurtrière (28000 personnes perdront la vie en quelques minutes). Les sept mois de sa mission jusqu’au printemps 1903 lui permettent d’affiner ses connaissances. Jusqu’à ce début de siècle, il était rare que les scientifiques puissent être sur place au moment même des éruptions volcaniques. C’est ainsi qu’il arrive à décrire pour la première fois le phénomène des nuées ardentes. c’est également lui qui constitue à cette occasion les premiers clichés photographiques qui continuent encore aujourd’hui de servir d’objet d’étude aux étudiants en science et qui illustrent les ravages des volcans explosifs dans les manuels des collégiens ! Il a également contribué avec Auguste Michel Levy à mettre au point une méthode d’observation des préparations microscopiques de roches afin d’identifier les minéraux en les observant avec de la lumière dite polarisée, encore utilisée de nos jours dans les salles de SVT !

On lui doit aussi une collection lithologique commencée à l’aube de la première Guerre Mondiale à partir d’échantillons qu’il collecte lors de ses nombreux voyages.
Au delà de ses découvertes, c’est sa démarche, nouvelle, qui fait de lui un pétrographe (spécialiste des roches) de premier plan. Il étudie les minéraux , les collecte sur le terrain mais plus encore il les étudie en parallèle avec la roche qui les contient afin de replacer leur formation dans leur contexte géologique.
Il a été également missionné pour explorer et effectuer des inventaires pétrographiques et minéralogiques dans les colonies françaises qui sont encore nombreuses à cette époqu, notamment Madagascar où il a mis en valeur la richesse de l’ile en minéraux précieux, en minerais et en substances utiles.
Outre son œuvre monumentale, il laisse derrière lui une lithothèque conséquente (collection de minéraux, de roches, de plaques minces) ainsi que des photographies prises lors de ses voyages .

Lacroix dans le domaine public

En passant dans le domaine public, l’ensemble des écrits et des photographies de Lacroix sont donc accessibles sans plus aucune restriction. On peut lire une partie de ses 698 travaux sur le site de la BNF qui les a numérisé depuis quelques temps et sont donc consultables sur Gallica.

Sources

Tony Garnier

Tony Garnier

  • mardi 4 décembre 2018
  • /
  • Dans le DP en

Tony Garnier, architecte-urbaniste

Tony Garnier est né à Lyon en 1869, à la Croix-Rousse, sur la « colline qui travaille », ville-quartier des Canuts. Son père peintre sur soie encourage sa passion pour la peinture. Elle le conduira au Lycée de La Martinière, puis, en architecture aux Beaux-Arts de Lyon et aux Beaux-Arts de Paris. L’impératif est alors de gagner le concours pour Rome : « La Villa Médicis ». Il s’y reprendra plusieurs fois et finalement sera Grand Prix de Rome en 1899.
Laborieux parcours car Garnier tient à garder sa vision d’une architecture nouvelle. A Paris, il met à profit ces années pour se perfectionner et imaginer sa « Cité Industrielle » qu’il peaufinera lors de son séjour à Rome.
La Cité Industrielle est l’œuvre de sa vie qu’il réalisera par « tranches » dans des programmes urbains à Lyon et à Boulogne-Billancourt.

La Cité Industrielle – étude pour la construction des villes –

Œuvre fondatrice en rupture radicale avec l’académisme de l’époque, elle a eu une influence majeure et reconnue sur ses pairs, jeunes architectes, dès sa présentation en 1904 et lors de sa publication définitive en 1917.
Garnier affirme le primat de l’acte d’urbaniste sur celui d’architecte. La ville doit être pensée. La sienne est organisée en espaces bien définis et documentés. Usines et lieux de travail éloignés des quartiers résidentiels spacieux et arborés. Il n’y a pas d’église mais des îlots dédiés à la culture, aux loisirs, aux sports. Ses bâtiments sont fonctionnels, de 3 étages en toits-terrasse, entourés de jardins. Il privilégie les espaces ouverts, la présence de la nature sur la décoration, très en vogue à l’époque. Il est également pionnier dans le choix des matériaux : le béton armé, le béton brut qu’il sait rendre esthétique.
Pour ses bâtiments publics il voit grand et spacieux. Il invente des structures métalliques de longue portée (toiture de la Halle Tony Garnier), des verrières au-dessus d’un large espace central sans piliers (Hôtel de Ville de Boulogne-Billancourt).
Tony Garnier n’est pas habité par une ambition de reconnaissance personnelle, mais par la volonté d’œuvrer pour la société. C’est Zola qui l’influence plutôt que Fourrier. Il pense toute la ville nouvelle dans son ensemble. Elle sera industrielle et doit être planifiée en amont pour y intégrer les populations à qui il laisse le soin d’organiser leur vie. La Cité Industrielle comme « premier manifeste de l’urbanisme progressiste » selon Françoise Choay.

Lyon unique témoin de ce patrimoine d’exception qu’il faut conserver.

L’architecte urbaniste va disposer à Lyon de grands espaces en friche ou à urbaniser. L’emblématique maire Radical Edouard Herriot, en poste pendant pratiquement 56 ans (1905-1940, 1945-1957), commandera à Garnier les bâtiments essentiels de ses Grands Travaux. Ils partagent les mêmes idées et vues de développement de la ville qu’ils imaginent industrielle.
Garnier construit les Abattoirs de La Mouche dont il ne reste que la Grande Hallel’hôpital de Grange Blanche, révolutionnaire : pavillonnaire entouré de verdure. Aujourd’hui propriété des HCL (Hospices Civils de Lyon), qui accordent une protection très relâchée à l’ensemble. Le Stade de Gerland et enfin l’ensemble de petits immeubles HLM du quartier des Etats-Unis, où est présentée l’œuvre dans le Musée Urbain Tony Garnier, et sa mise en scène sur les murs peints par le groupe « Cité de la Création ».
C’est grâce à la détermination des habitants et de lyonnais réunis en Comité Tony Garnier que cet ensemble peut témoigner actuellement de la force et de la modernité de l’œuvre de Tony Garnier.

Dans le Domaine Public en 2019

En 2019 des institutions de la Métropole fêteront les 150 ans de la naissance de Garnier. C’est aussi les 70 ans de sa mort et l’entrée de son œuvre dans le Domaine Public.
Il est décédé sans enfant, sans neveux en 1948 à Roquefort-La-Bédoule près de Marseille.
La majeure partie de ses plans, croquis, dessins d’architecture sont conservés soit dans des Musées. (600 pièces de la Cité, au Musée des Beaux-Arts de Lyon), soit dans des archives privées d’architectes.
Ce magnifique patrimoine est accompagné des aquarelles, dessins, lavis que Garnier réalisa à la fin de sa vie.

Pour servir à la transition urbaine contemporaine

L’œuvre documentée que laisse Tony Garnier, ses bâtiments, ses ensembles urbains peuvent être revisités avec intérêt en cette période de transition urbaine, et cela tout particulièrement à Lyon.
La Métropole attire les nouvelles industries. Les jeunes générations mêlent travail, loisirs et habitat dans la ville. Elles tiennent à la co-réaménager avec les politiques et les administrations. Il s’agit de s’approprier ses conditions de vie citadine comme ses conditions de travail, en respect de l’environnement et des espaces ruraux à préserver.
Le Grand Lyon compte encore de vastes friches industrielles et artisanales à convertir ou à conserver pour laisser respirer la ville. Des collectifs sont actifs dans ce sens (Les Ateliers de La Mouche, Habiter Mazagran,). La possibilité d’accéder librement en 2019 au patrimoine laissé par Tony Garnier sera une grande opportunité pour se situer dans l’histoire de la ville, pour se former, s’intéresser à son environnement et faire des projets collectifs.

Pour aller plus loin :